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La délinquance et le crime sont sans doute des façons efficaces de gagner de l'argent, mais ce genre de carrière est sans nul doute risqué et ce, pour plusieurs raisons. Tout d'abord parce que la Roue de la Justice de Sigil (la milice de l'Harmonium, le système judiciaire des Greffiers et le système pénitentiaire des Rectifieurs) est plutôt efficace et encore plus motivé. Les méthodes des Têtes-de-Bois et de la Mort Rouge ne sont tempérées que par le légalisme des Greffiers, mais il n'empêche que les arrestations sommaires sont fréquentes.
Plus d'un tire-laine n'a pas eu le temps d'être amené aux Cours de Justice, et les altercations entre la milice et les citoyens se terminent parfois par un mauvais coup qui garantit une place dans le Livre des Morts. Les dernières directives de la factole des Rectifieurs ont par ailleurs rendu les peines plus sévères que jamais, ce qui représente une sérieuse menace pour toute personne qui veut faire du crime sa profession.
En outre, les maisons et échoppes sigliennes ont tendance à être plutôt bien protégées. Le lierre-rasoir y est pour beaucoup, mais de nombreux bâtiments sont équipés de pièges (mécaniques ou magiques, selon le jonc dont dispose le propriétaire) ou de chiens de gardes (éventuellement des chiens d'Aoskar). Les riches, quant à eux, ont souvent recours à des gardes et des milices privées, qui protègent leur sécurité et celle de leurs biens.
S'attaquer à un lascar au coin d'une rue peut aussi constituer un gros risque si l'on considère le nombre d'aventuriers bien entraînés, de fiélons métamorphosés, ou de célestes déguisés qui transitent par Sigil, et qui pourraient vous faire regretter amèrement de les avoir crus sans défense. Tomber sur un confrère roublard n'est pas non plus impossible et vous pouvez très bien vous retrouver avec toute une bande sur le dos si vous ne savez pas choisir votre cible.
Malgré tout, de nombreuses personnes n'ont pas d'autres alternatives que l'illégalité pour survivre dans cette cité. Particulièrement dans la Ruche, où manger à sa faim est le privilège des forts, et où le crime est banal, si bien qu'il ne choque plus personne.
A cette criminalité quotidienne vient s'ajouter le crime organisé, qui existe à divers degrés. Jusqu'à il y a cinq ans, on ne pouvait pas parler de crime organisé sans évoquer la mafia des Echarpes Rouges, une guilde si puissante que son chef, Arius Arn, était reçu dans les soirées huppées des Seigneurs Dorés, tant son pouvoir et son influence étaient grands (on dit que plusieurs de ces Seigneurs recourraient aux services de l'organisation). Les Echarpes Rouges assuraient leur domination sur presque toutes les activités criminelles de la ville, du vol aux assassinats en passant par toutes sortes de trafics et également la prostitution. La "protection" qu'ils faisaient payer aux commerçants dans de nombreux coins de la ville leur rapportait énormément d'argent. L'usure faisait aussi partie de leurs activités les plus juteuses. Cette mafia était si fermement implantée qu'aucune bande ni aucun criminel indépendant ne pouvait travailler dans Sigil sans verser un pourcentage aux puissantes Echarpes Rouges. Le crime était donc totalement contrôlé par cette famille, qui détenait un pouvoir quasi égal à certaines factions et une fortune souvent plus importante.
Mais les protections dont cette guilde bénéficiait au plus haut niveau (que ce soit par chantage ou par corruption, ils étaient toujours parvenu à avoir quelques factols et Seigneurs Dorés dans leur poche) ne furent finalement pas suffisantes face à la droiture et la ténacité de l'Harmonium.
Il y a cinq ans, eut lieu la plus vaste et la mieux organisée des opérations de milice qu'ait connu Sigil. Après avoir passé des années à repérer et identifier tous les Echarpes Rouges et leurs propriétés, l'Harmonium est passé à l'action.
Plus de mille personnes ont été traduites en Justice dans le cadre de cette rafle. A l'issu de ce procès retentissant, plus de cinq cent malfaiteurs ont été exécutés sur la Place des Suppliants, et près de quatre cent ont été incarcérés. Seulement une centaine d'individus ont été relâchés, faute de preuves.
Depuis, les Echarpes Rouges ne se sont pas relevés et la face de la criminalité s'en est retrouvée changée. Il n'existe dès lors aucune organisation aussi puissante et il aura fallu du temps avant que de nouveaux réseaux ne se remettent en place.
Si de petites bandes essayent d'asseoir leur domination sur des territoires, si des gens essayent de se regrouper en guildes ou de désigner des chefs, il n'en demeure pas moins que cette action de l'Harmonium a libéré Sigil d'une réelle oppression.
A l'heure actuelle, on dit que certains anciens membres des Echarpes Rouges mèneraient des opérations ensemble, et qu'ils recevraient leurs ordres d'Arius Arn, depuis la Prison. Il est par ailleurs impossible d'ignorer l'importance qu'a prit la famille Garianis sur toute une partie du Bas-Quartier et de la Ruche, et l'Harmonium fait tout pour les faire tomber.
Une autre épine dans le pied de la milice est la force montante que semble être l'organisation de Tang Kii-Chow, un mandarin de la Cité du Dragon, dans le Quartier du Marché. On ignore de combien d'hommes il dispose, mais il semble qu'il voudrait clairement occuper la place laissée vacante par les Echarpes Rouges.
Pour l'heure, la vie est plus facile pour les petits criminels indépendants, qui peuvent faire leurs coups sans craindre trop souvent d'être sur le territoire d'une guilde. La vie est aussi meilleure pour les petits commerces et particuliers, dont les prêts et polices d'assurance ont été soldés quand les Echarpes Rouges ont disparu. Quant à l'Harmonium, son travail ne s'arrête jamais, puisqu'il reste toujours des criminels à arrêter. Mais ce qui est sûr, c'est que la tâche est moins difficile qu'à l'époque où les Echarpes Rouges étaient "mystérieusement" prévenus de toutes leurs descentes.
Le vol : Des pickpockets exerçant leur art aux alentours du Grand Bazar aux cambrioleurs qui courent la nuit sur les toits des maisons du Quartier des Gratte-Papier, en passant par les bandes de détrousseurs des ruelles tortueuses de la Ruche, Sigil ne manque pas de voleurs. Pour le voyageur qui veut éviter ce genre de risque, les consignes de l'Harmonium sont claires : ne mettez pas vos bourses en évidence quand vous vous promenez dans la rue, ne quittez pas les grandes artères de la cité, renseignez-vous avant d'engager un rabatteur ou un porte-lumière et, de façon générale, ne faites pas confiance aux types louches. Pour les habitations de particuliers, on conseille les barreaux métalliques aux fenêtres, les lames sur les toits, des portes renforcées et éventuellement quelques pièges installés par des professionnels. Pour les voleurs réguliers ou occasionnels, les moyens d'écouler de la marchandise sont divers, mais les receleurs (on en trouve encore beaucoup du côté du Marché Nocturne de la Loge) la rachète de 10 à 20% de son prix initial (pour la revendre 50% du prix). Bien sûr, il s'agit d'une moyenne, tout dépend donc de l'objet et du niveau d'urgence avec lequel on veut se débarrasser de son colis encombrant.
Le trafic : Le commerce illégal commence dès que le vendeur ne paye aucune taxe, mais ce qu'on nomme proprement le "trafic" concerne plutôt les produits non autorisés. Les composantes de sortilèges de nécromancie et de démonologie ne sont pas à proprement parler interdites, mais leur commerce fait l'objet d'un contrôle strict, qu'assure la Roue de la Justice ainsi que des instances moins institutionnelles. Un commerçant classique ne peut donc pas s'en procurer ni en vendre sans être accusé de subversion de l'ordre public. Par exemple, tout ce qui est nécessaire à la nécromancie est du ressort des Hommes-Poussière. Ils en gèrent (et limitent) le commerce afin d'être quasiment les seuls à animer des morts-vivants dans Sigil. La loi prévoit des sanctions très sévères (la saisie des biens et l'incarcération) pour l'animation de créatures que leur propriétaire serait incapable de contrôler. De la même façon, en matière de démonologie, c'est le Pentacle de Lithoss qui assure seul le commerce légal des produits nécessaires aux invocations démoniaques. Cela dit, acheter à ces endroits signifie avoir son nom inscrit dans un registre, aussi les magiciens et prêtres discrets préfèreront toujours avoir recours à l'illégalité. A noter que certains produits sont tout bonnement interdits, comme les foetus avortés, le sang de vierge, les yeux humains… Les reliques (objets magiques créés par une Puissance) sont interdites dans Sigil, par décret de La Dame. En posséder une vous vaudra confiscation par les dabus de l'objet illicite. En cas de résistance, La Dame peut apparaître en personne pour régler le problème. Les drogues sont interdites et font l'objet d'un vrai trafic organisé (qui était avant contrôlé par les Echarpes Rouges). Des substances comme l'opium, la fleur du Styx (produit à ingérer qui génère une somnolence et des hallucinations), l'herbe à pipe ou l'isnagora (stimulant liquide en flacon) sont particulièrement à la mode. L'Harmonium fait souvent des campagnes d'affichage sur ce thème pour présenter aux gens les dangers de la drogue (principalement celui de se retrouver en Prison). Ils font aussi quelques rafles mais si le trafic est puni par la loi, la consommation ne l'est pas. La pire chose qui puisse vous arriver si vous êtes pris en train de consommer de la drogue, c'est de passer une nuit à la Caserne. Il est notable (surtout pour les toxicomanes) que l'approvisionnement de Sigil en drogues laisse sérieusement à désirer. Il est évident que la disparition des Echarpes Rouges a cassé les réseaux qui assuraient la distribution régulière de la Cage. L'Harmonium fait tout pour que ces mafieux ne trouvent pas de remplaçants.
La prostitution : La prostitution n'est pas vraiment illégale et les catins sont légions pour qui connaît les bons coins. Cela n'empêche cependant pas les arrestations de l'Harmonium (pour trouble à l'ordre public, souvent accompagné de rébellion à l'autorité), qui tolèrent plutôt mal cette loi libérale. Les maisons closes sont assez nombreuses, chaque quartier en comptant plusieurs. Le standing de ces établissements, comme sa clientèle, varient selon le quartier. Si la catin de base de la Ruche ne demandera pas plus de 8 PC pour une petite gâterie, il faudra débourser plusieurs centaines de pièces d'or pour avoir certaines courtisanes du Quartier de La Dame dans votre lit. En moyenne cependant, une passe coûte 5 PA.
L'esclavage : La loi de Sigil est assez complexe au sujet de l'esclavage. Il n'est pas interdit d'avoir des esclaves, il n'est pas non plus interdit d'en acheter, mais il existe un strict contrôle en ce qui concerne leur vente. Un esclavagiste n'a en principe pas le droit de capturer des gens dans la rue et de les proposer sur le marché sans raison valable. Il y a plusieurs raisons qui peuvent faire que vous soyez un esclave à Sigil : - vous étiez esclave avant d'arriver à Sigil et vous y avez suivi votre maître (principe d'antériorité) ; - vous avez dû vous vendre (ou vendre un membre de votre famille) car vous étiez dans l'incapacité de solder vos dettes (principe de la contractualisation) ; - vous appartenez à une race qui ne fait pas de vous un sujet de droit (principe des races serviles), auquel cas des esclavagistes peuvent vous capturer dans la rue si vous n'êtes pas déjà la propriété de quelqu'un. Par exemple, les gnolls ont récemment obtenus de ne plus faire partie des races serviles, droit qu'avaient acquis il y a quelques années les gobelins et les méphilins. Tous les animaux font partie de la catégorie des races serviles, ce qui produit de nombreuses contestations de la part des ressortissants de la Terre des Bêtes. Quoi qu'il en soit, tous les esclavagistes contournent ou enfreignent à l'occasion la loi, ce qui fait que l'Harmonium les surveille de près.
Le meurtre : Evidemment, le meurtre est puni de mort. C'est un des crimes les plus graves et beaucoup trop fréquent aux yeux des autorités. Les tueurs à gages sont moins nombreux depuis la chute des Echarpes Rouges et il ne reste plus guère que le Syndicat qui soit connu pour faire de ce genre de commerce sa principale activité (cette organisation ne doit d'ailleurs sa survie qu'à son culte de la clandestinité et ses méthodes d'anarchistes). Mais de façon moins formelle, il y a des tas de lascars qui sont prêts à en arriver là pour se faire du jonc. Pour trouver ce genre de gars, il faut traîner dans les bars mal famés. Mais cela représente toujours un risque de ne pas savoir à qui demander, parce que c'est vous qui pourriez bien finir le nez dans le caniveau si la brute à laquelle vous vous adressez ne vous a pas à la bonne. Se faire tuer au coin d'une rue par un bige qui en veut à votre jonc plutôt que par un affranchi envoyé spécialement pour vous, c'est autre chose, mais pour vous, c'est sûr, ça fera le même effet. Quoi qu'il en soit, l'Harmonium cherche en priorité à abattre les guildes d'assassins et autres organisations dont c'est la raison d'être. Ils enquêtent évidemment sur les affaires de meurtre qu'on leur rapporte, mais ils ont des inspecteurs qui travaillent en permanence à repérer les réseaux.
L'activisme politique : A Sigil, vous pouvez vivre de votre militantisme. Les factions et autres groupes d'intérêts payent des gens pour mener des actions plus ou moins brutales afin de servir ou de promouvoir leurs intérêts. La distribution de tracts et le collage d'affiches de propagande sont des activités rarement considérées comme délictueuses, mais la subversion de l'ordre établi est certainement une des choses qui va le plus à l'encontre des valeurs de l'Harmonium (entendez par-là qu'elles pourront vous valoir une mise en cellule). Cela dit, l'activisme peut aller beaucoup plus loin, et l'histoire de Sigil compte de nombreux kidnappings et assassinats politiques revendiqués par des groupes d'agitateurs financés secrètement par des factions. En la matière, aucune faction ne peut contester la suprématie de la Ligue Révolutionnaire. Le talent de ces lascars à infiltrer les autres factions, associé à leur intrépidité à mener des actions musclées, en font des professionnels de la subversion. Cette volonté d'abattre le système établi est d'ailleurs le fondement idéologique de ce groupe. Pour cette raison (et pour d'autres), l'Harmonium, mais aussi les Rectifieurs, ont les militants politiques en horreur, et les traitent indistinctement "d'anarchistes" ou de "subversifs". Il est fréquent que des patrouilles de l'Harmonium et des groupes de Rectifieurs tabassent des colleurs d'affiches, aussi pacifistes soient-ils.
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